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Syrie : Le président Trump, arbitre du droit international ?
Publié le : 13-04-2017

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Qui remplacera le président Assad et existe-t-il des garanties que celui qui lui succédera ne sera pas Daech, avec comme résultat non pas 80 victimes comme dans l’attaque chimique récente, mais des millions supplémentaires en plus du demi-million de morts déjà survenus dans le conflit syrien ces dernières années ? La dernière chose dont le peuple syrien a besoin ce sont plus d’attaques et de bains de sang. Il a besoin d’initiatives diplomatiques rigoureuses pour trouver une solution pacifique au conflit. » Le Collectif VAN vous propose la traduction de l’éditorial du journaliste arméno-américain Harut Sassounian, paru dans The California Courier le 13 avril 2017.



L’attaque de Trump en Syrie : une erreur pour de nombreuses raisons

De Harut Sassounian
The California Courier
www.TheCaliforniaCourier.com
Éditorial du 13 avril 2017

De nombreux Américains et des gens du monde entier ont écouté avec une grande inquiétude les idées improvisées et folles lancées par Donald Trump pendant la campagne présidentielle et de façon encore plus inquiétante une fois devenu président.

C’est une chose de ne pas être d’accord avec lui sur un sujet de politique intérieure, par exemple, interdire à des touristes musulmans d’entrer aux États-Unis ou la réforme de la couverture médicale ou la construction d’un mur, mais c’en est une autre lorsqu’il menace des pays étrangers tels que l’Iran ou la Corée du Nord, et c’est encore pire lorsqu’il ordonne une attaque par missiles en Syrie !

En quoi cette décision désastreuse est-elle une erreur ? Le président Trump n’a pas les connaissances de base sur le conflit syrien, excepté ce qu’il lit dans des publications marginales et ce qu’il voit sur sa chaîne préférée, FOX News.

Le président Trump a déclaré qu’il avait très touché par les images de bébés blessés par l’attaque chimique, qu’il avait vues à la télé. Qui ne le serait pas ? Il a certainement eu une réaction émotionnelle et impulsive en voyant ces images bouleversantes, mais ce ne peut pas être un substitut à une politique étrangère bien réfléchie accompagnée d’un examen minutieux des faits de cet incident tragique et d’une considération attentive des conséquences d’une action aussi extrême que de lancer 59 missiles tomahawk sur une base aérienne syrienne.

Heureusement, les conseillers du président Trump ont averti la Russie peu avant l’attaque, afin d’éviter des victimes russes, ce qui aurait eu des conséquences catastrophiques pour le monde entier !

De plus, les actions du président Trump violent la Constitution américaine, car il n’a ni demandé ni reçu l’autorisation légale du Congrès pour aller attaquer un autre État souverain.

Le président Trump n’a eu ni la sagesse ni la patience d’attendre les résultats d’une enquête sur les circonstances de l’attaque chimique – pour vérifier qui est réellement responsable de cette terrible attaque.

L’Administration Trump a accusé la force aérienne syrienne d’avoir mené l’attaque au gaz à Idlib. Les gouvernements russe et syrien ont deux versions différentes de ces événements. Ils affirment que la Syrie ne possède pas d’armes chimiques depuis l’accord de 2003 visant à éliminer les matières dangereuses. De plus, la Syrie affirme que l’explosion chimique a été causée par sa force aérienne qui a bombardé un entrepôt appartenant à des terroristes syriens qui y avaient entreposé des matières dangereuses. Cela n’a pas de sens que le président Assad utilise des armes chimiques alors qu’il est en train de gagner, risquant ainsi de contrarier l’Occident et de précipiter une réaction militaire.

Rappelons-nous qu’en 2013, il y avait eu une autre attaque chimique sur une banlieue de Damas, qui avait fait bien plus de morts que celle d’Idlib. À l’époque, le président Obama était sur le point de faire la guerre à la Syrie, croyant à tort que le gouvernement syrien avait franchi la « ligne rouge ». Cependant, lorsqu’il a appris que l’attaque chimique près de Damas était un « faux signal », c’est-à-dire qu’elle avait été orchestrée par la Turquie et ses alliés terroristes pour obliger les États-Unis à intervenir militairement en Syrie, le président Obama n’a pas mis son plan de lancement de missiles en Syrie à exécution. Personne ne devrait oublier qu’en 2003, les officiels américains ont présenté de fausses preuves de « renseignement » au monde entier, affirmant que le président Saddam Hussein possédait des armes de destruction massives, pour justifier l’invasion de l’Irak.

Ironiquement, de nombreux membres républicains du Congrès qui applaudissent aujourd’hui la décision du président Trump d’attaquer la Syrie, étaient alors les critiques les plus virulents du président Obama qui avait prévu une attaque similaire. De plus, bien que l’attaque chimique de 2013 ait fait un plus grand nombre de victimes, Donal Trump avait écrit 40 tweets exhortant le président Obama à ne pas attaquer la Syrie. Trump semblait bien peu se soucier des « ravissants bébés syriens » à l’époque, comme il le fait maintenant !

Tant la Maison Blanche que de nombreux experts auto-déclarés dans les médias américains, qui ont proféré les mensonges les plus scandaleux sur la Syrie ces six dernières années, affirment désormais que l’élimination de l’utilisation des armes chimiques en Syrie relève de l’intérêt national américain. Ils affirment également que les armes chimiques sont interdites par un traité international et que leur utilisation est une violation du droit international.

Tout en reconnaissant la véracité de ces déclarations, on peut se demander :

1) Pourquoi aucune investigation n’a été menée sur l’attaque chimique, avant que les USA lancent les missiles ?

2) En vertu de quel droit le président Trump s’est nommé lui-même arbitre du droit international et policier du monde ? Le droit international, par définition, est un sujet qui concerne tous les pays et pas uniquement les États-Unis. L’organe approprié pour enquêter, condamner et sanctionner les violations du droit international est le Conseil de sécurité des Nations Unies et non la Maison Blanche. Par ailleurs, attaquer un État souverain est une violation du droit international !

3) En attaquant la Syrie et en détruisant ses avions militaires, le président Trump a en fait encouragé et renforcé les terroristes de Daech à poursuivre et à étendre leurs actes criminels en Syrie et dans le monde, surtout lorsqu’ils voient qu’à chaque fois qu’ils utilisent des armes chimiques, l’Occident accuse le président Assad et attaque la Syrie. D’autre part, en affaiblissant et en poussant le président Assad à partir, le président Trump risque de générer le même chaos et terrorisme qu’en Irak et en Lybie, ce qui aboutira à davantage de morts. Qui remplacera le président Assad et existe-t-il des garanties que celui qui lui succédera ne sera pas Daech, avec comme résultat non pas 80 victimes comme dans l’attaque chimique récente, mais des millions supplémentaires en plus du demi-million de morts déjà survenus dans le conflit syrien ces dernières années ? La dernière chose dont le peuple syrien a besoin ce sont plus d’attaques et de bains de sang. Il a besoin d’initiatives diplomatiques rigoureuses pour trouver une solution pacifique au conflit.
Tous ceux qui aux États-Unis et dans le monde s’inquiétaient de la possibilité que le président Trump prenne des décisions irresponsables et mette en danger la paix internationale, viennent malheureusement d’assister au premier incident de ce genre dans les 100 premiers jours de son mandat. Chacun craint désormais que d’autres attaques injustifiées et intimidantes et déstabilisantes surviendront dans les semaines et les mois à venir dans d’autres régions du monde. On espère que le président Trump n’a pas lancé cette attaque en Syrie pour détourner l’attention de ses nombreux problèmes nationaux, comme il l’a fait à plusieurs reprises pour d’autres sujets ces dernières semaines !

Pour finir, qu’est-il advenu des déclarations impétueuses et répétées du président Trump sur « l’Amérique d’abord » et « Je suis le président des États-Unis et non le président du monde » ?

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 13 avril 2017 – www.collectifvan.org





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Source/Lien : The California Courier



   
 
   
 
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