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Histoire des génocides : "Mais où était passé Patrice Gueniffey ces 30 dernières années?
Publié le : 09-10-2017

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Gilles Karmasyn, auteur de la première étude sur "La Négation du Génocide Arménien sur Internet" publiée par la Revue d’histoire de la Shoah dans le numéro 177-178 de janvier-août 2003, a réagi aux propos de Patrice Gueniffey, historien et directeur d'études à l'EHESS. Ce dernier, intervenant le vendredi 6 octobre 2017 sur France-Culture, avait en effet réfuté l’usage du qualificatif de "génocide" pour tout ce qui ne relève pas de la Shoah, tout en reconnaissant de facto ne rien connaître aux génocides arménien et tutsi. Interpellé par Guillaume Erner en ces termes : "Mais il y a eu d'autres génocides que le génocide juif : le génocide arménien, le génocide des Tutsi…", Patrice Gueniffey a répondu de manière fort peu compatible avec son statut d'historien : "On le dit. J'en ai entendu parler." Seraient-ce là de vagues réminiscences de l’ouvrage collectif qu’il a co-dirigé en 2016 avec Thierry Lentz, La fin des Empires. Éditions Perrin, et dans lequel ces sujets étaient abordés, avec la participation de Hamit Bozarslan traitant de La fin de l’Empire ottoman) ? Le Collectif VAN remercie infiniment Gilles Karmasyn de l'avoir autorisé à publier ici son coup de gueule mis en ligne samedi 7 octobre 2017 sur la page Facebook du site PHDN (Pratique de l'Histoire et Dévoiements Négationnistes).


Gilles Karmasyn

Pour PHDN


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Samedi 7 octobre 2017

L'historien Patrice Gueniffey vient de se déshonorer en "dubitationnant" sur France Culture (émission « Les Matins » du vendredi 6 octobre 2017) sur la nature génocidaire du génocide des Arméniens (voir lien plus bas avec verbatim Génocide arménien : l’avis des « sachants » qui ne savent rien) — et en passant, mais ce n’était sans doute pas son intention, sur celle du génocide des Tutsis au Rwanda .

Patrice Gueniffey est spécialiste de la Révolution et de l’Empire, deux sujets qui préparent particulièrement bien, comme on sait, à l’analyse des génocides du XXe siècle… ou pas.

On serait curieux de connaître la liste des ouvrages sérieux qu'il a lus sur ces sujets. Il est clair qu'il n'a pas connaissance de la Revue d'Histoire de Shoah, émanation du Mémorial de la Shoah, ni des expositions qui se tiennent dans cette institution, qui depuis des années contribuent toutes deux à la connaissance du GÉNOCIDE des Arméniens et à la compréhension des mécanismes (comparaisons, similarités, différences, enjeux et limites des comparaisons, etc.) de ces génocides, ainsi d'ailleurs que du génocide des Hereros et Nama ou de celui des Tutsis au Rwanda…

L’argutie hallucinante utilisée par Patrice Gueniffey pour refuser, in fine, de voir dans le GÉNOCIDE des Arméniens un génocide (et apparemment dans tout autre génocide que la Shoah, si on le comprend) est — il faut s’accrocher — qu’il ne faudrait pas « diluer l'affreuse spécificité du génocide juif qui est quelque chose d'unique dans l'Histoire. Cette espèce de conjonction de projet criminel et de capacité industrielle ».

On déduira aisément que Patrice Gueniffey est passé à côté des 60 dernières années d’historiographie et d’études juridiques sur la définition (compliquée certes, mais *pas* à CE point) de génocide et qu’il doit tout autant ignorer l’historiographie de la Shoah. Ne sait-il pas que l’inventeur de la notion de génocide, Raphaël Lemkin avait très concrètement à l’esprit le cas des Arméniens? Ne sait-il pas que qualifier de génocide un massacre de masse, qui répond très largement et sans la moindre ambiguïté dans les cas arménien (ou tutsi), à la définition d’un génocide, quelle que soit d’ailleurs la définition de génocide qu'on puise dans la littérature savante – visiblement ignorée de P. Gueniffey – (et, oui, bien sûr tous les massacres de masse ne sont pas des génocides) ne « dilue » en rien la spécificité (réelle) de la Shoah?

Alors enfonçons quelques portes ouvertes:

- qualifier n'importe quel massacre de génocide dilue la notion de... génocide.

- qualifier de « Shoah » tout autre événement que le génocide des Juifs édulcore radicalement, évidemment, le génocide des Juifs.

Et, non, par contre, non, qualifier de génocide un génocide avéré, documenté, étudié, établi, ne « dilue » pas la spécificité de la Shoah.

Par ailleurs, réduire la « spécificité » (dont on se demande bien pourquoi M. Gueniffey s’en fait le gardien si sourcilleux, étant donné qu’il semble être totalement dénué du bagage de base sur un tel sujet) de la Shoah à une volonté alliée à « une capacité industrielle » (et affirmer qui plus est implicitement que cette double caractéristique serait une condition nécessaire de la notion de génocide) ignore la véritable histoire et la véritable nature du génocide des Juifs qu'une historiographie pléthorique a su fort bien restituer ces dernières années. Réduire, in fine, la Shoah aux seules chambres à gaz est la marque d'une ignorance profonde qu'il serait ici trop long de développer. Mais où était passé Patrice Gueniffey ces 30 dernières années?

Les remarques de l'historien Patrice Gueniffey dénotent d'une pitoyable ignorance des différents corpus (même limités à la seule langue française, soyons modestes) très riches sur chacun des sujets convoqués. Alors, quand on ignore visiblement les bases d’un sujet historique, l’humilité devrait conduire n’importe qui, et surtout un historien de métier, à accorder sa confiance aux consensus scientifiques et historiographiques qui ressortent des rigoureux (et pléthoriques, l’ai-je déjà mentionné?) travaux de ses *confrères* spécialisés, EUX, dans ce domaine. Mais non, Patrice Gueniffey a préféré jeter ce consensus aux orties. C’est un pur scandale.

Le massacre des Arméniens par les Jeunes Turcs était un génocide: voulu, préparé, organisé, accompli avec les plus parfaits cynismes et la plus extrême brutalité, pour faire de ce qu’ils considéraient comme le berceau de la Turquie une région débarrassée de ses Arméniens. Une littérature historienne considérable et de grande qualité est à portée de main, de librairies, de bibliothèques, de clics, de smartphone.

La contestation de la qualification de génocide est une des modalités onctueuses de la négation « hardcore » de la réalité de ce génocide, c’est-à-dire de la réalité, de l’ampleur des massacres et de l’innocence des victimes arméniennes, négationnisme organisé à grande échelle par l’État turc qui stipendie de pseudos-intellectuels, notamment en France (je ne parle pas ici de Patrice Gueniffey, qui semble très malheureusement de bonne foi, une circonstance aggravante plutôt qu’atténuante) dont le job à plein temps est de nier le génocide des Arméniens, notamment en prenant la défense, très hypocritement, de celui des Juifs. Patrice Gueniffey vient d’apporter une aide précieuse à cette ignoble entreprise.

Le fait que cette faute ait été commise sur France Culture dans une émission dont le thème était « L’Histoire peut-elle apaiser notre mémoire? » a de quoi faire pleurer. D’autant plus que tout ce qu’il disait par ailleurs était fort pertinent. Hélas.

Une note importante: je ne connais pas Patrice Gueniffey. Compte tenu de son cursus, il semble avoir été jusqu’au 6 octobre 2017, un historien brillant et rigoureux. Je n’ai aucune raison d’avoir la moindre animosité à son égard. Qu’on ne m’oppose pas ce que Patrice Gueniffey est ou n’est pas ou ses mérites passés. Quelque remarquables qu’ils puissent être, qu’on examine la faute monstrueuse qu’il vient de commettre du seul point de vue de la réalité historique du génocide des Arméniens ou de celui des Tutsis et surtout du seul point de vue de la pratique historienne, de la rigueur historienne qui auraient dû être siennes et qui l’ont lamentablement déserté sur le sujet même qu’il était occupé à traiter publiquement.

Pour PHDN, Gilles Karmasyn


Lire aussi :

VERBATIM - Patrice Gueniffey, le « sachant » qui ne sait rien du génocide arménien

Dominique Sopo : Bien peu d’historiens dignes de ce nom osent nier le génocide arménien





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