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Génocide des Tutsi : Procès en appel Ngenzi/Barahira - J4
Publié le : 16-05-2018

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous présente ici le compte rendu de l’audience du procès en appel Ngenzi/Barahira du 14 mai 2018 publié sur le site du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR).





Légende photo : Hutu/Tutsi ou Twa mentionnés sur les cartes d’identité depuis 1931 – voir aussi: FOCUS – les origines coloniales du génocide.




Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR)

Procès en appel Ngenzi/Barahira. Journée du 14 mai 2018. J4
14/05/2018


La matinée commençant avec une heure de retard, il ne sera pas possible d’entendre le second témoin, monsieur Gilbert BITTI.

Madame la présidente fait part du renoncement du juré N°2 pour raison de santé. Il sera remplacé par le juré remplaçant N°2. Elle verse aussi au dossier l’article de Guillaume ANCEL dans le MONDE du 16 mars dernier.

Audition de madame Anne FOUCHARD, chargée de la récolte d’informations pour MSF, citée par le CPCR.

Le témoin, journaliste pendant 6 ans, était au Rwanda pour MSF en 1994, chargée de la communication. Elle commence par évoquer la date du 19 avril : la section belge de MSF annonce que le génocide commence à Butare (NDR. Suite au discours du président SINDIKUBWABO) Madame FOUCHARD est envoyée sur le terrain début mai 1994, au Burundi d’abord, province de Kirundo, puis en Tanzanie, au camp de Benako).

Au Burundi. Le témoin rencontre des réfugiés qu’elle interroge sur les raisons de leur fuite. Elle est particulièrement impressionnée par un instituteur, Jean, qui lui raconte comment on l’a sorti de sa salle de classe, comment les Tutsi ont été rassemblés ensuite par le bourgmestre pour être exécutés. Sa femme et ses enfants seront tués. Quant à lui, il doit sa survie à un ami hutu qui va le cacher et l’aider ensuite à fuir en traversant la rivière à la nage. Le témoin a été choquée aussi d’assister à la mort d’un enfant dans les bras de son père.

Elle se rend aussi dans un orphelinat tenu par des religieuses et est frappée par l’extrême dénuement de la population. Des enfants portent des traces de machettes sur la tête.

En Tanzanie. Alors que le camp au Burundi était peu peuplé, le témoin souligne le « contraste saisissant » qui existe avec le camp de Benako. La population est estimée alors à 400 000 personnes, estimation surestimée. Le camp est extrêmement bien organisé et discipliné : le témoin évoque même un certain « confort » : coiffeurs, couturiers, panneaux signalant les communes… Le témoin se retrouve en face de gens qui disent avoir fui « la guerre » et elle va interroger un certain nombre d’entre eux. Beaucoup reconnaîtront qu’ils ont participé aux « massacres ». Pas des affrontements, mais des « massacres » auxquels il était « normal » d’avoir participé.

Qui les avait incités à tuer ? Les bourgmestres, les responsables politiques, les militaires… Le témoin évoque une « organisation trop parfaite du camp ». Elle s’adjoint les services d’un chauffeur congolais et propose à la journaliste Corine LESNE (NDR. Du quotidien Le Monde) de l’accompagner. Le pont de la Rusumo est « déserté », les gens traversant le fleuve à gué. (NDR. En fait, les militaires l’avaient fermé, coulant même les embarcations et interdisant aux bateliers de faire traverser les réfugiés Tutsi. Voir le procès GACUMBITSI, maire de Rusumo, au TPIR). Pourquoi les gens fuient-ils ? « On nous a demandé de partir. » On ? « Les autorités…”

A propos de l’aide alimentaire qui est distribuée, elle était détournée de son objectif, des femmes repartant vers un camion pour remettre l’aide reçue. Près de Benako, un camp est réservé aux Tutsi : à peine plus de 1000 personnes.

Quelques tueurs seront bien arrêtés par les autorités tanzaniennes, mais on les retrouvera dans le camp peu après leur libération, malgré l’interdiction qui leur en a été faite. Le témoin précise avoir écrit alors un pré-rapport à partir des témoignages recueillis. En quittant la Tanzanie, elle croise le directeur général de MSF à qui elle remet son pré-rapport dont les propos seront corroborés par le rapport officiel de MSF qui sera remis au Conseil de Sécurité.

Madame SIMEONI, la présidente, se livre à une série de questions auxquelles le témoin va répondre avec précision. Madame FOUCHARD dit être restée une semaine dans chaque camp (Burundi et Tanzanie) et précise que Benako se trouve à une quinzaine de kilomètres de la frontière du Rwanda. Le camp de Benako était sous la responsabilité du HCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés). Plusieurs associations humanitaires y travaillaient. Un comptage plus précis, basé sur le nombre de vaccinations contre la rougeole avait permis de revoir les effectifs à la baisse : environ 220 000 réfugiés à Benako, la plupart étant des Hutu originaires de l’EST du Rwanda. Beaucoup de familles, d’hommes jeunes…

Les gens se dirigeaient assez spontanément sur Benako, suivant la rumeur. Un employé du HCR se tenait sur le gué et indiquait la direction à prendre. Le témoin de rajouter : « Mais les gens savaient où ils allaient » ! Par contre, des choses peu courantes en pareille situation : beaucoup de véhicules traversaient la frontières et les gens partaient avec les panneaux portant le nom de leur commune ! Il y avait bien un petit camp réservé aux Tutsi. De plus, si les gens se dirigeaient en masse vers la Tanzanie, « c’est qu’il y avait forcément une raison. » On trouvera d’autres camp, le plus important étant celui de Goma, au Zaïre, au moment de l’Opération Turquoise, fin juin.

Benako était très bien organisé. Il s’agissait de mettre les personnes à l’abri du danger mais il était rare qu’on mette des tentes à la disposition des réfugiés ! De plus, l’aide alimentaire est arrivée très vite à Benako (NDR. Elle sera aussi massivement détournée par les autorités : voir le rapport de MSF intitulé « Camps de réfugiés rwandais Zaïre-Tanzanie 1994-1995. »)

Le témoin ajoute qu’elle avait l’impression de pouvoir facilement se diriger dans le camp : panneaux de signalisation… De plus, les messages donnés passaient très bien. Exemple : ne pas boire l’eau de la rivière. Le camp était organisé en fonction des communes d’origine : « impression étonnante de voir des modèles réduits des communes » dira le témoin. Et il était évident que les bourgmestres avaient repris l’autorité qu’ils avaient dans leurs communes : pour preuve la prudence avec laquelle les témoins interrogés s’exprimaient. Contrairement au Burundi où les « gens miraculés » avaient du mal à s’exprimer. Le témoin finira par reconnaître qu’il s’est agit du « recueil d’informations les plus terribles » auquel elle ait eu à procéder, au point de ne plus pouvoir écrire. « A cause de l’horreur ! »

En Tanzanie, madame FOUCHARD a vite compris que c’était « des gens qui avaient participé au génocide », des gens « qui finissaient par reconnaître leur participation à ce génocide . Ils savaient qu’ils n’avaient pas participé à des faits de guerre. » Ils avaient fini par adhérer aux ordres : exterminer les Tutsi. Les petites gens avaient peur d’être poursuivis pour les tueries. Les autorités qui accompagnaient le personnel du HCR lors du recensement avaient par contre une attitude plus « décontractée ». Si la présence d’armes blanches dans le camp était incontestable, le témoin reconnaît ne pas avoir assisté à des heurts entre les occupants. (NDR. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il n’y en a pas eu.)

Dans le camp, le HCR coordonnait les embauches : bourgmestres, responsables politiques, personnes éduquées qui parlaient le Français… Le travail concernait la distribution alimentaire, l’organisation de la sécurité, l’accès à l’eau ou encore l’organisation des campagnes de vaccinations. Ce qui est exceptionnel, c’est que le téléphone continuait à fonctionner dans le camp et que de nombreux échanges s’opéraient avec le Rwanda. Beaucoup de gens faisaient même des allers et retours au Rwanda !

Si MSF est généralement très prudent pour nommer les événements, « le mot génocide a circulé rapidement », dès le 19 avril, et ce sur la base de listes de Tutsi et de la façon dont on assassinait les gens : c’était les Tutsi qui étaient recherchés. Ces listes avaient été établies depuis longtemps par les autorités, les FAR (Forces Armées Rwandaises)…

Pour les parties civiles, maître GISAGARA va poser une série de questions qui vont permettre au témoin de repréciser plusieurs points : sur le témoignage de l’instituteur Jean au Burundi, sur le rôle des autorités sans lesquelles les massacres n’auraient pas eu lieu, il y avait bien un camp de Tutsi à une ½ heure de Benako. Par contre, le témoin ne peut pas affirmer qu’il y avait des Hutu et des Tutsi dans le camp de Benako (NDR. On sait, par d’autres témoignages, qu’il y avait bien des Tutsi dans le camp, ne serait-ce que les femmes gardées comme « esclaves sexuelles ».) Enfin, les gens ont bien été obligés de quitter le Rwanda, « pas par peur du FPR », mais parce qu’on qu’ « on » (bourgmestres ou FAR) l’avaient demandé. « Dans un génocide, il faut impliquer la population. Les gens sont partis avec leurs biens dans une fuite organisée. Ils ne fuyaient pas les massacres du FPR» finira pas déclarer madame FOUCHARD. « On avait affaire à une violence extrême mais aussi à l’extrême organisation dans un contexte qui aurait dû être de panique ».

Madame l’avocate générale intervient alors pour lire les paragraphes 38 et 39 du rapport de René DENI SEGUI et demander au témoin si ces propos coïncident à ce qu’elle a connu à Benako. Madame FOUCHARD de répondre : « Cela me semble assez proche de ce dont j’ai témoigné. C’est tout à fait conforme à ce dont j’avais eu connaissance. »

Monsieur BERNARDO, l’avocat général, commence par dire au témoin : « On entre dans le dossier avec votre témoignage. Pouvez-vous direà la Cour les éléments d’ambiance qui vous ont marquée ? » Madame FOUCHARD de développer : « Quand on a assisté à de tels événements, ça marque. Ce sont les choses les plus fortes auxquelles j’ai pu assister.. J’ai eu une impression surréaliste de « touffeur » au Burundi de voir des gens sortir de l’eau et de la brume. C’était une impression différente à Benako : ambiance de travaux publics avec la construction d’une route par les Chinois, voix sourdes, basses des gens interrogés, regards pleins d’hostilité, de peur, impression de lourdeur. C’est la seule fois où j’ai eu peur pour ma sécurité ! » Et d’ajouter : « Une image me reste, celle des gens qui traversaient au gué au milieu des cadavres qui flottaient. » Par contre, pas vraiment de bruits…

Quant à savoir si les Tutsi ont donné des explications à ce qui leur arrivait, quelle était leur perception de la situation, le témoin ne peut que revenir sur le témoignage de Jean ,l’instituteur : « Jean était la personne la plus cultivée. Il savait ce qui allait se passer. Il éprouvait un sentiment d’enfermement. Avec la chute de l’avion, les gens savaient sans savoir. Il n’était pas imaginable que les choses seraient aussi dramatiques, mais les gens avaient le sentiment d’être piégés ». Pour les personnes moins éduquées rencontrées au Burundi, il y avait le sentiment d’avoir eu beaucoup de chance en échappant aux massacres : « détresse et incompréhension complète des rescapés. »

Les Tutsi n’étaient pas des guerriers vaincus mais des victimes : et le témoin de faire allusion aux pogroms plus anciens. Quant à reconnaître un Hutu d’un Tutsi, le témoin se dit d’en être bien incapable ! Occasion pour le témoin de rappeler aussi la « mention ethnique » sur les cartes d’identité. Mais les gens se connaissaient dans les villages et on savait qui était Tutsi.

Pour la défense, maître BOURGEOT ouvre le feu. Naïvement : « Vous savez qu’il y avait une guerre au Rwanda ? » Le témoin confirme et redit que les gens fuyaient non pas à cause de la guerre mais sur ordre des autorités. Ce n’était pas une insurrection populaire, il n’y avait pas deux camps qui s’affrontaient au moment de la fuite. L’avocate affirme alors : « Dès la chute de l’avion, le FPR attaque ! »

Réponse du témoin : « Je ne comprends pas votre question ! » (NDR. Ce n’est d’ailleurs pas une question, mais une affirmation.)

Maître BOURGEOT insiste : « La population fuit suite à l’attaque du FPR ! »

Réponse cinglante du témoin : « Vous dites ce que vous voulez. Ce dont je témoigne, c’est ce que j’ai vu et entendu. Les gens qui fuyaient n’ont pas vu de soldats du FPR ! »

Suit une question sibylline sur « les mythes » qui seraient nombreux au Rwanda ! Et ce en relation avec les « listes » dont on signale l’existence dès janvier 1994 !

« Des mythes , s’étonne le témoin, vous n’avez qu’à lire le rapport de MSF. » Madame FOUCHARD n’a pas été témoin des massacres mais elle connaît les rapports qui ont été publiés. Elle connaît les massacres qui ont pu être commis par le FPR et ne sait pas si MSF est toujours au Rwanda.

Au tour de maître BOJ, toujours pour la défense, d’intervenir. Il commence par se lancer dans des explications selon lesquelles les bourgmestres n’ont pas incité les gens à tuer : ce sont les FAR et les Interahamwe, manifestant par là une méconnaissance des événements. Le témoin le lui rappelle d’ailleurs sans ménagement : « Vous devriez lire le rapport sur le rôle des autorités politiques et des employés des sociétés rwandaises ! »

Et l’avocat de rappeler les propos de MSF Hollande, soulignant par là que « les autorités civiles avaient perdu le contrôle de la situation ! » (NDR. On voit poindre une ligne de défense consistant à dédouaner les bourgmestres qui ont été dépassés !)

Réponse de madame FOUCHARD : « C’est possible mais pas incompatible. On n’a pas la même expérience. Il est fréquent que MSF suspende ses activités quand ses membres sont en danger. »

Maître BOJ souligne le fait que les gens ont été obligés de tuer sinon leur vie était menacée ! Ce ne serait donc pas une véritable adhésion au projet génocidaire. « Vous avez peut-être raison » se contente de répondre le témoin.

MSF serait une ONG « prudente » alors que dès le 18 avril elle dénonce le génocide, « une dénonciation extrêmement virulente ». « Les membres de MSF sur place n’auraient rien vu venir ? MSF vire de bord en 10 jours et s’est fait une religion bien rapidement ! » s’étonne l’avocat.

Madame FOUCHARD tente d’expliquer que certains membres de MSF, sur place, sont passés à côté de ce qui se passait. Elle rappelle « qu’on n’arrête pas un génocide avec des médecins », mais maître BOJ l’interrompt. Madame la présidente lui demande de laisser répondre le témoin.

Maître BOJ évoque alors la responsabilité du FPR, évoque l’acquittement de BAGOSORA au TPIR concernant l’entente en vue de commettre le génocide, se lance dans des explications erronées et peu compréhensibles. A tel point que son collègue, maître EPSTEIN, lui tire discrètement la robe pour lui signifier d’arrêter ses tentatives de démonstrations !

Maître BOURGEOT, qui a oublié de poser une question, évoque le fait que MSF a été expulsée du Rwanda. « Oui, en 1995, répond le témoin. Mais il faut faire la différence entre massacres et génocide ! »

Maître CHOUAI souhaite intervenir. Madame la présidente lui signale qu’il est l’heure d’arrêter. Il demande 5 minutes pour souligner que madame FOUCHARD n’est restée qu’une semaine dans chaque camp et s’étonner qu’elle n’ait interviewé que si peu de gens : « 20 sur 225 000 à Benako ! » Sans avoir oublié de dire qu’il partageait son indignation.

« Mon rôle était de recueillir des témoignages, des informations, pour permettre aux membres de MSF de travailler. J’ai recueilli 40 témoignages, dont 20 à Benako, effectivement. Mais j’étais seule sur le terrain et je n’ai pas choisi mes témoins. Avec mes autres collègues, nous avons recueilli 120 témoignages. »

« Sur 225 000 personnes, il y avait des innocents ? » ironise l’avocat.

« J’espère » soupire le témoin.

« Et combien de Kabarondo ? »

« Deux, je pense.»

Rapide intervention de maître EPSTEIN à propos des listes dont a parlé le témoin. Elle ne se souvient pas de qui les lui a montrées, mais elle en a vu.

Octavien NGENZI, comme un écolier, lève la main pour demander la parole : il aura peut-être l’occasion de parler de Benako ? Il demande alors une escorte : pour aller chercher des documents ? C’est ce qu’on croit avoir compris.

Il se fait rabrouer par la présidente qui lui fait savoir que sa demande est déplacée.

Madame la présidente clôt l’audience en signalant que l’instruction sur la chute de l’avion est en cours et elle demande au Parquet de se renseigner pour savoir quel est le stade actuel de la procédure.

L’audience est levée et reprendra demain à 9h30 (on espère !)

Alain GAUTHIER, président du CPCR




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Source/Lien : Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR)



   
 
   
 
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