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Revue de presse - AFP : Avis du Collectif VAN sur l'enseignement du génocide arménien en France
Publié le : 12-05-2015

Le Collectif VAN a été interrogé par l'AFP, avec d'autres spécialistes de la question, à propos de l'enseignement du génocide arménien en France.













AFP

23 avril 2015

La contestation feutrée du génocide arménien à l'école

L'enseignement du génocide arménien, dont le centenaire sera commémoré vendredi, demeure un sujet de crispation pour nombre d'élèves d'origine turque, selon des enseignants d'histoire, mais la négation virulente de ce crime de masse a cédé la place à une contestation plus feutrée.

Dans les collèges, les premiers incidents recensés remontent à 2001, quand l'Assemblée nationale a adopté une loi reconnaissant le génocide arménien.

A Clichy-Montfermeil (Seine-Saint-Denis), où réside une importante communauté turque, "un élève était venu voir son prof d'histoire-géo pour avoir confirmation que le génocide n'avait pas eu lieu et que cette reconnaissance était due à la pression du lobby arménien", rapporte Sophie Ferhadjian, agrégée d'histoire.

Ancien membre du Haut conseil à l'intégration, cette arrière-petite-fille de rescapés du premier génocide du XXe siècle a recensé des dizaines d'incidents similaires.

Parfois, comme à Vendôme, dans le Centre, ce sont des parents qui protestent auprès d'un chef d'établissement parce qu'une enseignante a évoqué une "page sombre de l'histoire de la Turquie", sans même employer le terme génocide.

Ailleurs, comme à Lyon ou Nancy plus récemment, c'est "l'unilatéralité des victimes" qui est critiquée, sous l'angle: "les Arméniens ont également massacré des Turcs, ils étaient des traîtres, alliés des Russes", ajoute Mme Ferhadjian.

L'introduction du génocide arménien dans les programmes d'histoire de collège à la rentrée 2012 a également provoqué des remous.

"Au début, il y a eu des tensions dans certaines classes avec des familles qui refusaient que leur enfant assiste au cours quand l'enseignant abordait la thématique", affirme Fabrice Romanet, enseignant et formateur dans l'académie de Lyon.

"C'est moins le cas maintenant car les enseignants sont mieux formés", dit-il, et donc mieux armés pour "déconstruire des opinions imposées le plus souvent dans le cadre familial", avec le renfort des réseaux sociaux.

D'autant que pour traiter cette thématique, les enseignants peuvent désormais s'appuyer sur l'existence d'un nombre croissant d'ouvrages écrits par des historiens turcs et l'ouverture des archives de l'Empire ottoman qui permet de présenter aux élèves des photos ou des documents ayant valeur de preuve.

"Quand le programme de 3e a été mis en application, le rectorat a été inondé de courriers demandant que ce chapitre ne soit pas abordé et que les manuels soient expurgés mais depuis, on n'a plus aucun retour, les choses se sont apaisées", confirme Catherine Vercueil, inspectrice dans l'académie de Lyon.

"Le fait devient une opinion"

Mais pour Sophie Ferhadjian, l'absence de "remontées" du terrain ne signifie pas l'absence de problème.

Et de citer les cas des manuels turcs utilisés dans les ELCO ("Enseignements de Langue et de Culture d'Origine" à destination d'élèves désireux d'apprendre la langue de leurs parents) ou de certains manuels français se contentant de parler de "massacres inter-religieux".

Plus grave à ses yeux: "il semble que les problèmes remontent de moins en moins, et c'est vrai aussi de la Shoah, parce qu'on est passé de la négation pure -+ça n'a pas existé+- à une remise en cause plus subtile des faits".

"Ce qui est remis en cause, c'est le statut même du fait d'histoire", qui devient "une opinion dont on peut discuter", poursuit l'historienne, dressant un parallèle entre ce nouveau négationnisme "soft" et le succès des théories complotistes après les attentats contre Charlie Hebdo.

Pourtant, en Turquie même, la reconnaissance du génocide progresse, comme en témoigne une enquête récente de la Fondation pour l'innovation politique, réalisée auprès de jeunes de 16 à 29 ans dans 31 pays. Ainsi, 33% des jeunes Turcs interrogés en août 2014 qualifiaient de "génocide" le massacre des Arméniens, contre 82% dans l'Union européenne et 93% en France.

Mais en France, la diaspora turque est "crispée dans un nationalisme primitif" et a tendance à considérer ce combat pour la reconnaissance comme du racisme anti-turc, estime Séta Papazian, présidente du Collectif Van (Vigilance arménienne contre le négationnisme).


evs/caz/bir




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