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Revue de presse - Interview du Collectif VAN dans l'Arche, le magazine du judaïsme français
Publié le : 27-05-2015

L'Arche, le magazine du judaïsme français, a consacré trois pages de son numéro de mai 2015 à une interview de Séta Papazian, présidente du Collectif VAN, interrogée par Aline Le Bail-Kremer à l'occasion du centenaire du génocide arménien.




















L'Arche, Le magazine du judaïsme français

Interview recueillie le 20 avril 2015
Par Aline Le Bail-Kremer

Séta Papazian est présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]. Elle revient sur le centenaire.

Le Collectif VAN est une association créée en 2004. Héritière de la mémoire du génocide perpétré contre les Arméniens de l'Empire ottoman qui fit 1.500.000 victimes (soit les deux tiers de la population arménienne de Turquie), Séta Papazian se bat au sein de son association, contre la négation de tous les génocides. Cent ans après le génocide de 1915, le collectif a souhaité commémorer l'évènement sur les lieux mêmes du crime. Tout d'abord dans l’Est de la Turquie, dans cette région de Mouch et de Bitlis qu'un diplomate américain de l'époque décrivait comme une "province abattoir", puis à Istanbul le 24 avril, jour de la rafle de 250 intellectuels arméniens de Constantinople en 1915. Le 24 avril a été dès 1919, la date commémorative du génocide arménien.

L’Arche - Quels sont les enjeux particuliers de ces commémorations qui marquent cette année le centenaire du génocide arménien?

Séta Papazian
- 2015 est essentiellement l’occasion de médiatiser le génocide arménien qui est encore trop méconnu, du fait du déni implacable de l’Etat turc. Ce dernier œuvre âprement dans toutes les instances internationales pour enterrer définitivement cette page peu glorieuse de son histoire : un siècle après, la Turquie n'a toujours pas entrepris de se désolidariser des dictateurs Jeunes-Turcs de 1915; d'ailleurs, le "Hitler turc", Talaat Pacha, a toujours son mausolée à Istanbul, ainsi que des avenues et des écoles portant son nom. La diplomatie turque renvoie dos à dos victimes et assassins, tous morts - selon elle - lors d'une "guerre civile" qui se serait soldée par un décompte identique en pertes humaines... Selon Ankara, le débat est donc clôt. Erdogan l'a clamé à maintes reprises : "La Turquie n'acceptera jamais de reconnaître qu'elle a commis un génocide". Ce qui n'empêche pas ses dirigeants de réclamer à cor et à cri l'ouverture des archives de l'Arménie. C'est oublier un peu vite qu'il n'y avait pas d'État arménien en 1915. Et que c'est bien en Turquie que les faits se sont déroulés, contre les citoyens arméniens de l'Empire ottoman. Enfin, c'est en Turquie que se pose le problème de l'accessibilité des archives, du moins pour une grande partie d'entre elles.

Cette année, Erdogan et Davutoglu ont eu l'idée perverse de vouloir occulter la journée ô combien symbolique du 24 avril 2015 en commémorant avec faste - très exactement à la même date ! - le Centenaire de la victoire turque de Gallipoli contre les alliés (victoire célébrée d'ordinaire le 18 mars ou le 25 avril), en y conviant 102 homologues internationaux. Il a été annoncé que la France - qui avait été défaite avec son allié britannique lors de cette bataille des Dardanelles - sera représentée à un très haut niveau lors de cette entreprise négationniste honteuse.

De nombreux événements sont organisés dans le monde entier dans le cadre du Centenaire du génocide. Si l'on se limite à la France, d'importantes expositions sont inaugurées à Paris, au Mémorial de la Shoah, ainsi qu'à l’Hôtel de Ville qui reprend l'exposition du musée du Mémorial d'Érevan, en Arménie. Certaines expositions ou conférences donnent également l'occasion de parler du génocide des Assyriens qui ont subi le même sort que les Arméniens en 1915, et dont il est trop rarement question. Pour notre part, nous avons monté une exposition éphémère à l’ESG [Ecole Supérieure de Gestion], sous l’égide de Frédéric Encel. Intitulée “Un monde englouti”, elle donnait à voir des photos d’Arméniens "d’avant le génocide", sous l’Empire ottoman. Du jour au lendemain, un peuple qui vivait sur ses terres depuis l'antiquité a été effacé de la surface de la terre. Les photos de ces groupes d’étudiants, d’élèves, de professeurs, figés pour l'éternité, quelques jours, quelques semaines ou quelques mois avant d'être happés dans le cycle infernal des massacres et des déportations, sont saisissantes. C'est l’historien Vahé Tachjian (et son équipe) qui les récolte inlassablement et les poste sur un site dédié à cette mémoire, Houshamadyan (Le livre des souvenirs). Le Collectif VAN a également organisé une projection-débat à l’université Paris I, afin de sensibiliser les milieux étudiants.

Fin mars, un grand colloque international s’est tenu à Paris, dans quatre lieux prestigieux (la Sorbonne, le Mémorial de la Shoah, l’EHESS et la BNF), avec plus de 65 chercheurs et surtout une dizaine de jeunes universitaires turcs, une première, une vraie nouveauté, porteuse d’espoir.

L’une des grandes différences entre le génocide arménien et la Shoah, c’est ce lobbying négationniste que mène l'État héritier du Crime, auquel se joint l'Azerbaïdjan qui n'est pas en reste en matière de massacres anti-arméniens. Ce négationnisme trouve des relais en France auprès d'intellectuels complaisants. C’est une blessure infinie pour les porteurs de la mémoire arménienne.

Les commémorations - et tout particulièrement celle de 2015 - comportent des enjeux politiques, même s'ils restent avant tout symboliques.

De fait, chaque année, à l'approche du 24 avril, des déclarations officielles sont attendues de la part de chefs d’État ou de parlements qui saisissent l'occasion pour reconnaître officiellement le génocide arménien. Ainsi, le parlement européen, qui avait déjà voté en ce sens en 1987, vient de voter une nouvelle résolution ce 15 avril 2015, par laquelle il demande à la Turquie et à tous les États-membres de l'U.E. de reconnaître les événements de 1915 comme un génocide. Depuis qu'il est Président des États-Unis, Barack Obama est censé respecter la promesse de sa première campagne électorale, au cours de laquelle il avait déclaré que “l’Amérique méritait un président qui emploierait le mot génocide”. François Hollande va honorer sa promesse de se rendre à Erevan le 24 avril pour les commémorations officielles. Malheureusement, il ira ensuite à Bakou, alors que son homologue azerbaïdjanais a juré de "reconquérir" l'Arménie et de la vider de ses habitants.

Le ton est monté entre la Turquie et le Vatican. Que représente la récente déclaration du pape François ?

En cette année du centenaire, cette déclaration a une portée éminemment symbolique, même si le Pape François n’a fait que reprendre les termes exacts d’une déclaration commune, signée en 2001, par Jean-Paul II et le patriarche suprême de tous les Arméniens. La violence de la réaction officielle turque est due au fait que cette déclaration a été faite oralement, en public, lors d’une messe grandiose retransmise à la télévision et sur internet. Le message papal a été lu devant les plus hauts représentants de l'Église arménienne et du Président de la République d’Arménie, ce qui lui a donné un caractère très solennel. Avec des paroles fortes, le Pape François a fait le lien avec ce que subissent actuellement les chrétiens d’Orient, en Syrie et en Irak. Notons que les martyrs de 2015 (Assyriens et Arméniens, mais également les Yezidi, qui ne sont pas chrétiens) sont pourchassés et massacrés dans le même espace géographique que celui où s'est déroulé le génocide arménien. En 1915, les camps de la mort où croupissaient les déportés arméniens étaient situés à Der-Zor, dans le désert syrien...

Y a t-il un réel espoir de la reconnaissance du génocide par l'Etat turc ?

Malgré certaines déclarations destinées à faire régulièrement croire aux médias du monde entier et aux chancelleries occidentales que quelque chose est en train de changer, dans les faits, la Turquie continue à marteler son négationnisme d'État au niveau national et international.

Les sorties d’Ankara en réaction à celles du pape [et du parlement européen] donnent le ton. D’autre part, la question peut aussi se poser en ces termes : “Quel chef d’Etat turc osera prendre le contre-pied d’une société biberonnée au négationnisme, au nationalisme, au racisme et à l’antisémitisme ?” C’est en fait un cercle vicieux car c’est l’Etat turc qui - dès l'école primaire - éduque les enfants dans ce nationalisme de plus en plus prégnant… Les diatribes enflammées d'Erdogan contre les "lobbies arménien, juif et franc-maçon" ne vont pas dans le sens d'un changement positif. “Bâtard d’Arménien” reste la pire insulte que l’on puisse adresser à quelqu’un en Turquie. Même les descendants des Arméniens islamisés de force en 1915 continuent à être montrés du doigt, en tant que "gavur" (mécréant).

D'aucuns disent que la Turquie ne veut pas reconnaître le génocide arménien car elle a peur d’être confrontée au montant des réparations. Même si les spoliations des biens arméniens ont été gigantesques, même si les plus grandes fortunes actuelles de Turquie ont été bâties sur la captation des richesses arméniennes, il est peu probable que la question financière entre en ligne de compte dans cette décision. D'autant plus que la Turquie dépense des sommes pharaoniques en lobbying négationniste. Par contre, cette reconnaissance remettrait en question les fondements même de l’Etat turc, basés sur ce génocide occulté et nié. Le dogme officiel ne peut être remis en question aisément. Un réveil a enfin lieu au sein d'une certaine société civile turque et kurde, mais à l’échelle du pays c’est encore trop marginal. Et il aura quand même fallu un assassinat pour en arriver là, celui du journaliste arménien de Turquie, Hrant Dink, le 19 janvier 2007 à Istanbul. Cet électrochoc n'a hélas pas empêché une récidive : le 24 avril 2011, jour de commémoration du génocide arménien, c'est un jeune appelé arménien d'Istanbul, Sevag Balikçi, qui a été froidement exécuté "accidentellement", par son camarade de chambrée... Le procès de l'assassin "présumé" recommence de zéro, ce 22 avril à Kayseri.

Un grand intellectuel de Turquie, Sevan Nişanyan, est incarcéré depuis le 2 janvier 2014 (et il risque encore 15 ans de prison supplémentaires) pour "absence de permis de construire" : dans un pays où l'anarchie règne en matière de construction, il s’agit en réalité de faire taire une voix libre et iconoclaste. Etre arménien reste donc très discriminant en Turquie.

Il faut bien évidemment soutenir les intellectuels turcs et kurdes qui - au bout de 100 ans ! - interrogent enfin le passé national. Car ils sont, à vrai dire, le seul espoir actuel. Qu'il me soit permis de rendre ici hommage aux précurseurs qui n'ont pas attendu que ce sujet soit "porteur" et qui l'ont payé très cher en années de prison : İsmail Beşikçi et Ragip Zarakolu.

Où en est Israël sur le sujet ?

L’actuel président Reuven Rivlin - qui avait pourtant milité pour la reconnaissance du génocide arménien par le passé - a fait en janvier dernier à l'ONU une déclaration ambiguë. Dans ce discours (que je n’ai pas réussi à consulter dans son intégralité), il a qualifié les événements de 1915 de “massacres" et non de génocide, tout en parlant néanmoins de "100 ans de déni".

Malgré son revirement, il semblerait que le président israélien participera au principal événement dédié au centenaire du génocide arménien le 24 avril prochain en la Basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

S'ils sont encore trop peu nombreux ceux qui - au sein de la société civile israélienne - s'engagent sur cette question de la reconnaissance du génocide arménien, il y a par contre une vraie solidarité dans la diaspora en France. Les associations arménienne et juive travaillent de concert : malgré les particularités de leur Histoire, elles sont porteuses d’une mémoire qui leur permet de se comprendre.

Lors d’un précédent colloque à l’ESG sous l’égide de Frédéric Encel, un chercheur avait conclu son exposé en disant que “ les deux nœuds de la reconnaissance du génocide arménien [par la Turquie] sont Israël et les Etats-Unis”. Plus que jamais, Israël a le devoir moral de reconnaître le génocide arménien.




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 Interview de Séta Papazian dans l'Arche - Mai 2015




   
 
   
 
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