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Revue de presse - Article du Collectif VAN dans la Lettre Liberté du Judaïsme
Publié le : 23-11-2015

Le comité de rédaction de la lettre Liberté du Judaïsme a fait appel au Collectif VAN pour rédiger dans son N°135 de septembre-octobre 2015 un article concernant le génocide arménien et son déni. Nous remercions ici le Bureau de Liberté du Judaïsme - et en particulier Isidore Jacubowiez - et espérons que cet article a contribué à l'information des lecteurs de la Lettre LJ. Un texte à retrouver ici et en pages 5, 6, 7 du pdf en téléchargement ci-dessous.


Nota CVAN : L'encadré sous la signature (concernant le rôle de l'Allemagne) et les visuels (photos et cartes) ont été ajoutés par la rédaction de Liberté du Judaïsme. Son deuxième encadré fait mention de l'exposition sur le génocide des Arméniens "jusqu'au 27 septembre 2015" au Mémorial de la Shoah. Depuis la mise sous presse de la LJ en juillet, le Mémorial de la Shoah a annoncé que l'exposition était en fait prolongée jusqu'au 3 janvier 2016. N'oubliez donc pas de visiter cette exposition ainsi que les expositions permanentes du Mémorial de la Shoah, sans oublier la librairie qui possède un rayon fourni sur le génocide arménien.



La Lettre de L.J (Liberté du Judaïsme)

Numéro 135 de septembre-octobre 2015


Génocide arménien : 100 ans d’impunité et de déni

Séta Papazian,
Présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]

Dans la nuit du 24 avril 1915, des centaines d’Arméniens (poètes, écrivains, hommes politiques, ecclésiastiques, etc.) sont arrêtés dans l’actuelle Istanbul, puis déportés en train et massacrés. Cette rafle est le coup d’envoi du génocide perpétré contre les 2,2 millions d’Arméniens de l'Empire ottoman sur ordre du gouvernement Jeune-Turc et qui se solde par 1,5 million de morts. La présence plurimillénaire de tous les chrétiens de Turquie (Arméniens, Assyriens, Syriaques et Grecs), ainsi que des Yézidi, s’achève brutalement entre 1915 et 1923.

Le génocide à l'ombre de la Première Guerre mondiale.

En 1908, le parti Jeune-Turc (Comité Union & Progrès - CUP), renverse le sultan Abdul Hamid II, auteur des massacres de 300 000 Arméniens en 1894-1896. Dupé par la devise du CUP" "Liberté, Egalité, Fraternité", le parti arménien FRA contribue à son accession au pouvoir. Dès 1909, le CUP tombe le masque : 30 000 Arméniens sont massacrés le 25 avril à Adana (Cilicie).

Un triumvirat composé des trois Pachas, Talaat, le ministre de l’Intérieur et Grand Vizir, Enver, le ministre de la Guerre, et Djemal, le ministre de la Marine, s’impose en 1913. Echaudés par les pertes coloniales de l’Empire ottoman dans les Balkans, les idéologues nationalistes du CUP veulent un État homogène d'un point de vue ethnique et religieux. Enver Pacha confie la réorganisation de l'armée ottomane aux Allemands qui, fin 1913, ont une mainmise totale sur elle.

La Grande Guerre permet au CUP de passer à l’acte. Pour leur malheur, les Arméniens sont citoyens de deux États ennemis, la Turquie et la Russie, ceux de Transcaucasie (vivant à Erevan, Tiflis et Bakou) étant des sujets du Tsar.

Le prétexte d'un supposé ralliement aux troupes russes est utilisé pour traiter les citoyens arméniens ottomans de "5ème colonne". Les Jeunes-Turcs créent une Organisation spéciale qui orchestre des massacres au mode opératoire constant : les gendarmes turcs désarment et exécutent les soldats arméniens de l'armée ottomane, puis éliminent les élites. Enfin – quelle que soit la distance avec le front russe – la population arménienne est déportée. Officiellement, il s’agit d'une simple "relocalisation". Mais la véritable destination est la mort. Attaqués par des bandes kurdes, par des criminels sciemment libérés de prison et des gendarmes turcs censés les "protéger", les Arméniens sont exterminés à la sortie des villages, sur la route des déportations, ou dans les camps de concentration du désert de Syrie.

Un génocide impuni et des spoliations colossales

En 1919, à l'issue de la guerre, a lieu, dans Constantinople occupée par les alliés, le Procès des Unionistes devant la Cour martiale turque, mais l'Allemagne a déjà exfiltré les principaux bourreaux Jeunes-Turcs. Ceux-ci sont condamnés à mort par contumace. Les Anglais, qui en détiennent certains à Malte, les libèrent en échange de leurs propres prisonniers.

Lors de la Conférence de la Paix à Paris, on estime à 14,6 milliards de francs-or les dommages subis par les Arméniens de Turquie. Outre les spoliations des biens religieux et éducatifs (2 538 églises et 451 monastères, 1 996 écoles, collèges, lycées, et universités), la confiscation des richesses privées (or, argent, avoirs bancaires, habitations, entreprises, terres, cheptels, etc.) constitue un colossal pillage organisé, à l’origine de la bourgeoisie turque et des grandes fortunes actuelles du pays.

En 1920, le Traité de Sèvres, qui prévoit une Arménie indépendante, n’est pas ratifié malgré les efforts du président américain Woodrow Wilson. Le Traité de Lausanne (1923) enterre définitivement toute idée de justice et de réparations. Une loi du 25 avril 1923, votée sous Mustafa Kemal, complète un texte précédent du 26 septembre 1915 et "prévoit la confiscation de tous les biens abandonnés par les Arméniens absents du pays, quels que fussent la date, le motif et les conditions de leur départ"

Les principaux coupables du CUP n’échappent cependant pas à leur châtiment. La FRA (Dachnag) lance l’Opération Nemésis : Talaat Pacha, le "Hitler" turc, caché à Berlin, tombe le 15 mars 1921 sous les balles de Soghomon Tehlirian. Celui-ci est acquitté au terme d’un procès retentissant qui influence Rafael Lemkin pour la création du crime de ‘génocide’ et d’une juridiction ad hoc.

Un négationnisme d’État

Le génocide arménien fait l’objet d’un négationnisme d’État de la part de la Turquie, forte d’une impunité d’un siècle et, depuis 25 ans, de la solidarité "turcique" de l'Azerbaïdjan.
S’il n’y a pas de débat sérieux au sein de la communauté scientifique sur le génocide arménien, les moyens pour faire obstacle à sa reconnaissance internationale sont considérables, à coup de chantage et de menaces menés par les diplomaties turque et azérie auprès d’institutions (ONU, OTAN, UNESCO, Commission européenne, États, parlements nationaux, etc).

En France, la loi Boyer votée pour pénaliser le négationnisme est invalidée en 2012 par le Conseil Constitutionnel suite à la saisine diligentée sous la pression de lobbies turcs et d’entreprises françaises ; de nombreux sites francophones et anglophones (dont les sites officiels d’Ankara et Bakou) dénoncent "les allégations arméniennes" et intervertissent bourreaux et victimes ; des brochures falsificatrices sont diffusées en masse auprès de médias français, d’établissements scolaires et universitaires, de salons et musées ; des associations franco-turques tentent d’interdire l’enseignement du génocide arménien en France ; des sympathisants d’organisations turques d’extrême-droite se font élire au sein de partis français et belges pour leur faire adopter un virage négationniste ; depuis 2005, un Comité Talaat Pacha honore en Europe la mémoire du principal génocidaire dont le mausolée trône toujours à Istanbul, et dont des écoles et des avenues de Turquie portent encore le nom…

Tout en affirmant que la Turquie ne reconnaîtra jamais de génocide, Ankara exige une "commission d’historiens" pour "déterminer les faits" [déjà établis y compris par des chercheurs turcs]. Feignant la conciliation, le gouvernement AKP parle depuis peu de "mémoire juste", en opposant les victimes arméniennes à tous les civils turcs tombés en 14/18. C’est oublier que les Arméniens de Turquie ont été exterminés par leur propre gouvernement et non par l’ennemi…

En 2015, la petite communauté arménienne d’Istanbul (estimée à 60 000 âmes), la minorité grecque (2 000 personnes), et les 40 000 Assyro-Chaldéens-Syriaques subissent toujours des discriminations et vivent dans la peur, tout comme les descendants d’Arméniens islamisés de force en 1915.

Des intellectuels français "au service" du négationnisme

Alors qu’une partie de la société civile turque et les représentants kurdes reconnaissent enfin le génocide arménien, des intellectuels français, proches des cercles turcs, rejettent le mot "génocide" pour les Arméniens, arguant de l’unicité de la Shoah et de l’absence de "Nuremberg" turc. Ils refusent que soit pénalisée sa négation car la France n'aurait "rien à voir avec ce génocide" :

1) Rafaël Lemkin a été inspiré par le sort des Arméniens dans la réflexion qui l’a mené à combler un vide juridique en droit international pour juger l’extermination programmée d’un groupe donné. Qui mieux que le concepteur de la définition de "génocide" peut valider son application pour le cas arménien ?

2) Une condamnation de la Turquie - et de l’Allemagne qui a reconnu en avril 2015 sa complicité génocidaire - aurait sans doute changé le cours de l’Histoire. Mais s’il n’y a effectivement pas eu de ‘Nuremberg’ post-1915, c’est que les pays qui en étaient garants - la France, l’Angleterre et la Russie - ont failli à la mission définie le 24 mai 1915 dans leur déclaration tripartite : "En présence de ces nouveaux crimes de la Turquie contre l'humanité et la civilisation, les gouvernements alliés font savoir publiquement à la Sublime Porte qu'ils tiendront personnellement responsables desdits crimes tous les membres du gouvernement ottoman ainsi que ceux de ses agents qui se trouveraient impliqués dans de pareils massacres."

Notons, malgré tout, que les procès turcs des Unionistes ont bel et bien condamné les criminels. Rappelons aussi que Nuremberg (1945/46) a jugé les crimes nazis en tant que ‘Crimes contre l’humanité’ et non en tant que ‘génocide’, cette terminologie n’ayant été adoptée qu’en 1948. Pour autant, seuls les gens malhonnêtes nient que la Shoah est un génocide.

3) La loi, qui pénaliserait la négation du génocide arménien, concerne des Français (d'origine arménienne ou non) agressés par des Etats puissants (Turquie, Azerbaïdjan) qui organisent la propagation de thèses mensongères. Il appartient donc à un Etat, la France, de protéger par la loi ses citoyens de ces dérives. Le négationnisme n'est pas une opinion. C'est un "double meurtre". Il porte en lui les germes de la haine et peut mener à de nouveaux crimes.

4) L’Histoire de France ne s’arrête pas aux frontières de l’hexagone : depuis François 1er et les Capitulations, la France était garante des droits des chrétiens ottomans. Après avoir créé en 1916 une Légion Arménienne en Cilicie (Sud de l’Anatolie), elle a incité 120 000 Arméniens à s’y réinstaller en octobre 1919, sous le protectorat qu’elle y exerçait en sus de son mandat en Syrie et au Liban. Son abandon brutal de la Cilicie en 1921 a causé l’exode de dizaines de milliers d’Arméniens fuyant dans une panique extrême les troupes de Mustafa Kemal. Ce dernier - qui paracheva le génocide – a eu pour admirateur un certain Adolf Hitler…

Alors que l'Etat Islamique commet, 100 ans plus tard, sur les mêmes lieux, les mêmes atrocités contre les mêmes populations, avec l'appui d'Ankara, comment ne pas penser que l'impunité d'hier a enfanté les monstres d'aujourd'hui ?


Séta Papazian

Présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]




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 Liberté du Judaïsme - N°135 de septembre-octobre 2015




   
 
   
 
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