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Le Collectif VAN commémore la Nuit de Cristal
Publié le : 09-11-2016

L'association Memorial 98, partenaire du Collectif VAN, a organisé le 9 novembre 2016 (à 18H devant le gymnase Japy, 2 rue Japy, à Paris 11e), pour la 3e année consécutive, une commémoration de la terrible Nuit de Cristal qui s'était déroulée le 9 novembre 1938 à l'encontre des Juifs d'Allemagne et d'Autriche. Après un rappel historique fait par Albert Herskowicz, représentant de Memorial 98, plusieurs intervenants se sont succédé, dont Séta Papazian, présidente du Collectif VAN, Marcel Kabanda, historien et président d'Ibuka France, Nadia, membre de Memorial 98, Gilles Manceron, historien et membre du Comité Central de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH), et Mathieu Gervais (Mouvement du christianisme social). Le Collectif VAN reproduit ci-dessous l'intervention de Séta Papazian.

Légende photo: Séta Papazian, présidente du Collectif VAN. Commémoration du 78e triste anniversaire de la Nuit de Cristal


Nuit de Cristal : Bréviaire de la haine et continuité génocidaire

Intervention de Séta Papazian, présidente du Collectif VAN, lors de la Commémoration de la Nuit de Cristal


9 novembre 2016

Au nom du Collectif VAN, je remercie Albert Herskowicz et toute l'équipe de Memorial 98 de me convier à prendre la parole pour cette 3e commémoration de la Nuit de Cristal. Je souhaite non pas faire un discours mais vous proposer un document historique que j'ai découvert en cherchant des informations et des témoignages sur la Nuit de Cristal. Sans doute, êtes-vous nombreux à connaître le livre de Léon Poliakov, "Bréviaire de la haine: Le IIIe Reich et les Juifs". Pour ma part, je confesse mon ignorance, je ne connaissais pas les propos que l'auteur y rapporte et qui ont été tenus par les principaux dignitaires nazis réunis en Conseil des ministres, le 12 novembre 1938, après la Nuit de Cristal. Hitler était absent ce jour-là mais l'ombre du Führer plane sur cette réunion qui apporte un éclairage terrifiant sur le racisme décomplexé de l'idéologie nazie. Je vais donc vous lire des extraits de cette sinistre pièce de théâtre, annonciatrice de l'horreur future, et qui entre en résonance avec notre époque et la libéralisation de la parole raciste :

Goebbels : « ... Dans presque toutes les villes allemandes, les synagogues ont été incendiées. On peut utiliser des manières les plus diverses les terrains sur lesquels elles se trouvaient. Certaines villes veulent en faire des jardins, d'autres veulent y construire. »
Goering : « Combien de synagogues ont été incendiées ? »
Heydrich : « 101 synagogues ont été incendiées, 76 ont été démolies, 7 500 commerces ont été détruits. »
Goebbels : « Je suis d'avis que cela nous donne l'occasion de dissoudre les synagogues. Toutes celles qui ne sont pas entièrement intactes doivent être démolies par les Juifs eux-mêmes. Les Juifs doivent payer ce travail. Ici à Berlin, ils y sont prêts. Les synagogues incendiées à Berlin seront rasées par les soins des Juifs. Ce devrait devenir le principe directeur pour le Reich en son entier.
« De plus, j'estime nécessaire de publier une ordonnance interdisant aux Juifs de fréquenter les théâtres, les cinémas et les cirques allemands. La situation actuelle nous le permet. Les théâtres sont remplis de toute manière ; c'est à peine si on y trouve de la place. Je suis d'avis qu'il n'est pas possible de permettre aux Juifs de s'asseoir aux côtés des Allemands dans les salles. Par la suite on pourrait peut-être mettre à leur disposition un ou deux cinémas, où ils présenteraient des films juifs. Mais ils n'ont rien à chercher dans les théâtres allemands.
« De plus, il faut qu'ils disparaissent partout de la circulation publique, car ils exercent un effet provocateur. Il est par exemple encore possible aujourd'hui qu'un Juif utilise le même compartiment de wagon-lit qu'un Allemand. Une ordonnance devrait être publiée par le ministre des Communications, introduisant des compartiments pour les Juifs, qui ne seraient mis à leur disposition que lorsque tous les Allemands sont assis, et sans qu'ils puissent se mélanger à eux. S'il n'y a pas assez de place, ils doivent rester debout dans le couloir. »

Goering : « Je trouve plus raisonnable de leur donner des compartiments spéciaux. »
Goebbels : « Pas quand le train est rempli. »
Goering : « Un moment ! Il n'y aura qu'un seul compartiment juif. S'il est rempli, les autres Juifs doivent rester chez eux. »
Goebbels : « Et si, mettons dans le rapide de Munich, il n'y a pas assez de Juifs : il y a deux Juifs dans le train, et les autres compartiments sont remplis. Ces deux Juifs ont alors un compartiment spécial à eux deux. Il faut donc dire : les Juifs ne peuvent s'asseoir que lorsque tous les Allemands sont assis. »
Goering : « Ce n'est pas la peine de le dire expressément. Si vraiment le train est rempli comme vous le dites, croyez-moi, je n'ai pas besoin d'une loi. Le Juif sera f... à la porte, il n'aura qu'à s'asseoir tout seul dans les ch... pendant tout le voyage. »
Goebbels : « Une autre ordonnance doit interdire aux Juifs la visite des villes d'eaux, plages et stations estivales allemandes... Je me demande s'il n'est pas nécessaire d'interdire aux Juifs l'accès de la forêt allemande [...] »
Goering : « Bien, nous mettrons à la disposition des Juifs une certaine partie de la forêt. On prendra soin d'y faire venir les différents animaux qui ressemblent bougrement aux Juifs, le cerf a également un nez bien crochu. »
Goebbels : « Ensuite, il ne faut pas que les Juifs puissent se pavaner dans les jardins allemands. A ce propos, je signale la propagande chuchotée des Juives dans les jardins du Fehrbelliner Platz. Il existe des Juifs qui n'ont pas tellement l'air juif. Ils s'assoient à côté des mères allemandes et des enfants allemands et commencent à rouspéter et à empester l'atmosphère. »
Goering : « Ils ne disent pas du tout qu'ils sont Juifs. »
Goebbels : « J'y vois un danger tout particulièrement grave. J'estime nécessaire de mettre à la disposition des Juifs certains squares -sûrement pas les plus beaux- et de dire : les Juifs ont le droit de s'asseoir sur ces bancs. Ceux-ci sont marqués d'une manière spéciale. Il est écrit dessus : pour les Juifs seulement ! Autrement ils n'ont rien à chercher dans les jardins allemands.
« Finalement il faut s'occuper de ceci : il se présente aujourd'hui encore des cas où les enfants juifs vont dans les écoles allemandes. J'estime qu'il est impossible que mon garçon soit assis à côté d'un Juif dans un lycée allemand et se voie enseigner l'histoire allemande. Il est absolument indispensable d'éloigner les Juifs des écoles allemandes, et de les laisser se charger eux-mêmes d'élever dans leurs communautés leurs enfants. »
[1]

////


On l'ignore trop souvent mais l'Allemagne a une grande part de responsabilité dans le génocide arménien de 1915. Pendant la première guerre mondiale, l’Allemagne était alliée à l’Empire ottoman et avait un rôle clé dans l'État-major ottoman avec 700 à 800 officiers allemands et 12000 soldats du Reich présents en Turquie. Il apparaît peu à peu au grand jour que l'Allemagne avait non seulement connaissance des massacres contre les Arméniens, mais que certains de ses militaires et diplomates ont même théorisé cette extermination.
Le Parlement allemand (le Bundestag) a d'ailleurs reconnu officiellement le 2 juin 2016, non seulement "le génocide des Arméniens et des autres minorités chrétiennes dans les années 1915 et 1916" mais il a également regretté « le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’Empire ottoman (…) n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’humanité » et qui « porte une part de responsabilité dans ces événements. »
De nombreux officiers allemands, présents en Turquie en 1915, ont ensuite été "recyclés" dans les rangs nazis. Une citation attribuée à Fritz Bronsart von Schellendorf, officier allemand engagé au service de l'armée ottomane, démontre la continuité idéologique entre 1915 et 1940. Bronsart est présenté comme l'un des responsables des déportations d'Arméniens au cours du génocide.

Dans ses écrits, il parlait de l’ambassadeur américain, Henry Morgenthau, en poste à Constantinople en 1915, comme du « Juif Morgenthau ». Fritz Bronsart von Schellendorf compare les Arméniens aux Juifs et rend les Arméniens responsables de leur propre extermination :
« De fait, l’Arménien est comme le Juif, un parasite égaré hors des frontières de sa patrie, suçant la moelle du peuple qui l’accueille. Chaque année, ils abandonnent leur terre natale – comme les Juifs polonais qui émigrent en Allemagne – pour s’égarer dans les métiers de l’usure. C’est de là que vient la haine qui s’est déchaînée contre ce peuple désagréable sous une forme médiévale et qui a entraîné leur élimination. »[2]

Je tiens à préciser que Bronsart n'avait visiblement aucune connaissance de l'histoire du peuple arménien puisque ce dernier était alors présent sur ses territoires historiques depuis l'antiquité et qu'il se plaît à se voir comme descendant de Noé dont l'Arche se serait échoué sur le Mont Ararat, montagne symbole des Arméniens. Mais l'idéologie panturquiste - reprise à l'époque par les idéologues allemands et toujours en vigueur au sommet de l'État turc - tient à désigner les Arméniens comme des "invités" sur leurs propres terres. Ce qui ne manque pas de piquant lorsque l'on sait que ce n'est qu'au XIe siècle que les Turcs ont quitté la Mongolie pour venir envahir l'Asie mineure (Anatolie) où étaient ancrés les Arméniens depuis 3000 ans.

Je souhaite aussi attirer votre attention sur la répression terrible qui s'abat depuis juillet 2015 sur les Kurdes de Turquie, avec des villes comme Diyarbakir et Cizre qui ont été bombardées et dévastées sans que cela n'émeuve nos représentants, plus inquiets de préserver le "deal" honteux sur les réfugiés syriens que de défendre la démocratie en Turquie. La répression tous azimuts d'Erdogan vise aussi la représentation parlementaire d'opposition puisque les députés du HDP, seul parti démocratique de Turquie, ont été arrêtés la semaine dernière, ce qui est un signal très inquiétant.

Il apparaît plus que jamais que les peuples qui ont subi un génocide se doivent d'être solidaires et d'oeuvrer ensemble dans le partage des mémoires et la justice.

Je vous remercie de votre attention.


Séta Papazian
Présidente

Collectif VAN
[Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
contact@collectifvan.org - www.collectifvan.org

[1] Verbatim complet à retrouver sur :
Bréviaire de la haine: Le IIIo Reich et les Juifs
Par Léon Poliakov
https://books.google.fr/books?id=zpozmDG3Md0C&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_atb#v=onepage&q&f=false

[2] Histoire du génocide arménien. Vahakn Dadrian. Stock 1999.


Voir aussi :

Le Collectif VAN commémore le 78e triste anniversaire de la Nuit de Cristal





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