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Robert Guédiguian Arménien sans frontières
Publié le : 19-10-2015

La Nouvelle République

17/10/2015 05:38

Légende photo: Robert Guédiguian est venu présenter « Une histoire de fou » début octobre aux Rendez-vous de l'histoire de Blois. - (Photo NR, Jérôme Dutac)

Le cinéaste Robert Guédiguian fait parler la cause arménienne à travers le XX e siècle. Avec une Ariane Ascaride transformée en mère universelle.

Quand vous est venue l'idée ou l'urgence de faire un film sur le génocide arménien ?

« A partir du moment où je suis allé en Arménie la première fois, et où les gens me reconnaissaient dans la rue. Ils me disaient " Bravo, continuez vos films et venez tourner chez nous ! ", c'était une demande très forte du peuple arménien. Je m'apercevais que j'étais en quelque sorte un ambassadeur de l'Arménie à mon insu. L'idée de faire un film sur l'Arménie s'est insinuée en moi et en Ariane aussi. Et je me disais qu'un jour il faudrait que je m'occupe de cette sinistre affaire, de cette abomination qu'est ce premier génocide du XXe siècle. Mais j'ai pris le temps de trouver la manière d'aborder ce sujet qui n'est pas facile. Et surtout de le rendre universel ; dans le film, je pense être parvenu à raconter comment ces traumatismes-là peuvent être dépassés. A la fin du film, le personnage de la mère devient universel. »

Et pour le public, c'est le bon moment selon vous ?

« Il y a plus de sens à s'occuper de cette affaire aujourd'hui, car la question d'identité, que je trouve personnellement très triste, est posée. C'est une question qui prend le devant de la scène politique et sociétale et je pense qu'il ne faut pas laisser le devant de cette scène à tous les intégrismes, qu'ils soient religieux ou politiques. Il est bon que des gens de bonne volonté, de bonne foi, de gauche voire d'extrême gauche, se préoccupent aussi de cette question. Moi, je le fais à travers les Arméniens car c'est ce que je connais le mieux. Si j'avais été Rwandais, j'aurais travaillé sur le Rwanda, ou du Cambodge comme mon ami Rithi Panh, je l'aurais fait sur le Cambodge. Mais je suis Arménien. Personne n'a vu venir ce nouveau débat, quand j'avais 20 ou 30 ans la question d'identité ne se posait pas, elle est apparue dans les années quatre-vingt-dix et on ne l'a pas vue venir. Beaucoup d'intellectuels et d'hommes politiques l'ont ignorée on fait comme si ça n'existait pas et cela a fait le lit des intégristes. »

Vous avez présenté ce film aux Rendez-vous de l'histoire de Blois car c'est peut-être le plus historique de votre filmographie ?

« Tous les films parlent d'histoire. Comme dit un vieux monsieur au début de mon film, l'histoire se passe davantage dans les chambres à coucher, les chambres d'enfants et les cuisines que dans les salons des parlements et même que sur les champs de bataille. J'ai fait un peu d'histoire moi-même avant de faire du cinéma, je me souviens qu'un immense historien qui s'appelle Marc Bloch a dit " l'histoire est comme l'ogre de la fable, elle se nourrit de chair humaine ". Le cinéma est pareil. Le Promeneur du champ de mars, L'Armée du crime et ce film-là encore plus sont en effet historiques. J'ai reconstitué un procès d'après le procès-verbal des minutes du procès en noir et blanc. C'est un prologue, pour poser les termes du film, pour authentifier le génocide arménien. Mais un génocide ne se filme pas, il faut le raconter. A travers le procès d'un justicier en 1921, on peut le comprendre. »

Bande-annonce du film "L'armée du crime"



https://youtu.be/z1nPqNLwfYM

N'est-ce pas risqué de filmer un procès en 2015, surtout en abordant un sujet que le grand public connaît peu ?

« Le procès est un élément terriblement cinématographique quand il est bien filmé ; les Américains l'ont brillamment fait dans les années cinquante, en tournant d'immenses succès. Il y a un suspens terrible dans le procès. Je m'adresse à un public qui ne connaît pas le génocide, j'ai vraiment voulu que le film apprenne quelque chose à un public non arménien. Donc, j'ai essayé d'être le plus explicite possible, tout en mettant de l'amour, de l'action, de l'émotion. Un film doit être incarné. Tenir et la pédagogie, et un fil dramatique qui soit tendu, surprenant, émouvant, c'était difficile. C'est l'un des scénarios sur lequel j'ai le plus travaillé, d'habitude j'écris très vite. Il m'a fallu du temps pour réussir à maintenir ce difficile équilibre. »

Et comment le public reçoit « Une histoire de fou » ?

« On fait une vingtaine d'avant-premières, et on sait reconnaître les applaudissements. Les gens sont toujours gentils, là ils sont plutôt enthousiastes. Je prends toujours le temps de faire un débat, et ces échanges sont toujours riches. Là, les débats, sont déjà à l'intérieur du film, avec des personnages qui incarnent des points de vue différents. Donc, on bavarde et les gens me demandent des précisions, ils sont assez passionnés. Il y en a qui pleurent, alors c'est moi qui leur demande : " Combien de fois avez-vous pleuré ? " Car ce n'est pas un film où l'on pleure à la fin. En cours de route, de temps en temps, on craque. Le record, c'est un monsieur qui a pleuré sept fois ! »

Comment s'est passé votre tournage à Beyrouth ?

« J'étais déjà allé à Beyrouth présenter des films, Marius et Jeannette y a très bien marché. Il y a une espèce de cousinage entre Beyrouth et Marseille : une même grande corniche qui fait le bord de la mer. J'aime cette ville car elle regroupe toutes les religions du monde. C'est le paradis et l'enfer, quand tout le monde s'entend on est heureux à Beyrouth, toutes les langues, les cuisines, les musiques se côtoient. Pendant trente ans, ça a été l'enfer, les tables se sont opposées, on a mis des barrières, on s'est tiré dessus. C'est une utopie quand tout le monde est réconcilié. Je tenais à tourner là-bas car ça leur fait plaisir ; ceux qui vivent cette coexistence ont envie que les occidentaux viennent. On a pris beaucoup d'acteurs de Beyrouth, Arméniens ou de type arménien, qui n'auraient pas été aussi simples à trouver en France. Il y a une autre lumière et les camps d'entraînement étaient vraiment là-bas. Filmer là-bas s'imposait et ensuite je fais beaucoup de tournées à l'étranger. Le cinéma et les arts du récit s'accompagnent. Moi, j'ai envie d'en parler, je fais des films pour aller vers les gens. Je veux voir le monde qui vient voir mes films ! Partout dans le monde, c'est touchant. »

Une histoire de fou, avec Ariane Ascaride, Simon Abkarian, Grégoire Leprince-Ringuet, en salles le 11 novembre.

Bio express

▶ Identité multiple. Robert Guédiguian est né à Marseille en 1953. Son père est arménien, sa mère allemande : « Je suis héritier à la fois d'un peuple génocidaire et d'un peuple génocidé. Je crois que cela m'a définitivement vacciné contre toute forme de racisme. » Le cinéaste est aussi fils d'ouvrier docker. D'où sa sensibilité d'extrême gauche et son cinéma social. A travers Marseille et, particulièrement le quartier de L'Estaque, il raconte l'histoire des « pauvres gens » comme les nommait Victor Hugo : ouvriers, salariés, petits patrons, chômeurs, minorités.

▶ Dix-neuf films au compteur. La filmographie de Guédiguian est foisonnante depuis 1980 avec en point de mire « Marius et Jeannette » en 1997 qui lui a valu le prix Louis-Delluc, une sélection à Cannes et le César de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride. Celle-ci, rencontrée à la fac dans les années soixante-dix, est à la fois sa compagne et sa muse, on la retrouver dans tous ses films comme Jean-Pierre Darroussin. Même si celui-ci n'a pas pu trouvé de rôle dans « Une histoire de fou ». Ariane Ascaride avait également fait une exception en n'étant pas à l'affiche du « Promeneur du champ de mars ».

▶ Producteur et cinéaste engagé. Producteur indépendant, Robert Guédiguian est partenaire d'une maison de production en nom collectif, Agat Films & Cie/Ex Nihilo. A travers cette activité, il milite plus largement dans le champ de la création audiovisuelle et du spectacle vivant.

Propos recueillis par Béatrice Bossard



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Source/Lien : La Nouvelle République



   
 
   
 
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