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Deux poids, deux mesures
Publié le : 16-10-2015

24 heures

Par Thierry Meyer Mis à jour à 06h58

La Suisse a donc été «définitivement» jugée coupable de censure par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour avoir condamné Dogu Perinçek, leader de la gauche nationaliste turque, pour discrimination raciale. Il y a dix ans, le politicien turc, de passage chez nous, avait qualifié le génocide arménien de «mensonge international». La norme pénale antiraciste suisse a été appliquée à tort, estiment les juges de Strasbourg, pour qui le commentaire de Perinçek relève de la liberté d’expression.

«Ce verdict qui va ravir tous ceux qui rêvent de vider de sa substance la norme antiraciste.»

Dans leurs considérants, ces mêmes juges prennent bien soin d’expliquer que la comparaison avec la Shoah ne tient pas. Ils se déclarent incompétents pour dire si le massacre et la persécution des deux tiers de la population arménienne, il y a un siècle (environ 1,2 million de victimes, les estimations varient) est bel et bien un génocide. Selon eux, on ne peut pas déceler dans les propos de Perinçek une incitation à la haine ou à la discrimination. Parce qu’il a notamment dit que Turcs et Arméniens avaient vécu en paix durant des siècles.

La communauté turque de Suisse se réjouit d’un jugement qui doit, dit-elle, mener vers la réconciliation. On aimerait bien la croire. Sauf que la Turquie adopte face à la question du génocide arménien la même attitude que la Chine sur le Tibet. On ne décèle pas l’ombre d’une introspection historique, d’une quête sincère de la vérité ou d’une lecture moins nationaliste d’un passé si rigidifié qu’il en devient un boulet diplomatique.

On ne nous enlèvera pas de l’idée que la Cour de Strasbourg joue ici de deux poids, deux mesures dans ce verdict qui va ravir tous ceux qui, en Suisse, ne rêvent que d’une chose: vider de sa substance la norme pénale antiraciste. Comme ce ministre suisse de la Justice qui, à Ankara, en octobre 2006, disait aux Turcs tout contents qu’elle lui donnait «mal au ventre». Un certain Christoph Blocher. (24 heures)

(Créé: 16.10.2015, 06h58)




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Source/Lien : 24 heures



   
 
   
 
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