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Turquie : Erdogan seul contre tous
Publié le : 19-10-2015

leJDD.fr

Légende photo: Vendredi, des sympathisants de l'AKP à Bursa, lors d'un rassemblement en présence du Premeir minsitre turc, Ahmet Davatoglu. (Mathias Despardon pour le JDD)

18 octobre 2015

REPORTAGE- Une semaine après le double attentat d’Ankara, qui a fait 102 morts, de nouvelles manifestations étaient organisées samedi à travers tout le pays par la gauche et la mouvance kurde. Le président est accusé de mettre de l’huile sur le feu.

"On connaît l'assassin" : ce slogan sur l'une des pancartes brandies au cœur de la "manifestation pour la paix" qui a rassemblé un millier de personnes samedi à Istanbul, sur la rive asiatique du Bosphore, en dit long sur le degré de méfiance et de ressentiment qui animent l'opposition turque. À la veille des élections législatives anticipées du 1er novembre, l'attentat d'Ankara a relancé la colère contre le président, Recep Tayyip Erdogan. Il est accusé par l'opposition prokurde d'avoir négligé la sécurité de la manifestation visée le 10 octobre et de complaisance avec l'EI, alors que les affrontements ont repris depuis trois mois entre les forces de sécurité turques et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) dans le sud-est à majorité kurde du pays.

Un bunker à ciel ouvert

Diyarbakir, au Kurdistan. Il faut se rendre dans la vieille ville pour constater les dégâts des affrontements de la semaine passée entre l'armée et les troupes du PKK, qui ont fait une vingtaine de morts dont deux enfants. La violence se cache dans les ruelles étroites et rongées par la pauvreté. La mosquée Fathi Pasa n'a jamais aussi bien porté son surnom de "mosquée de plomb". Yacup, 21 ans, était aux premières loges. "On n'avait jamais vu ça, dit-il, encore effaré. C'était la guerre, comme en Syrie".

Le lieu de culte porte encore les traces des tirs de fusil et de roquettes RPG qui ont entamé la façade. Un morceau de bâche bleue traîne par terre dans les détritus. "Ce sont les guérilleros du PKK qui l'avaient installée afin de se protéger des hélicoptères, poursuit, le jeune homme. Ils avaient aussi installé des tas de sable, jusqu'à 2 mètres de hauteur. La police et les forces spéciales ont d'abord avancé, en tirant avec des fusils de précision mais devant la résistance des militants, ils ont fait demi-tour, avant de revenir armés de RPG. Les militants avaient placé des engins piégés partout et ils explosaient au fur et à mesure que les flics avançaient." Un bunker à ciel ouvert, une population claquemurée chez elle, encore sidérée par cet épisode de violence venu frapper à sa porte et vécu comme un tournant : telle est la situation dans ce quartier de Diyarbakir, où les forces de l'ordre se sont retirées depuis lundi.

«Le PKK a encore le soutien de la population mais il ne faudrait pas trop tirer sur la corde »

Depuis l'attentat d'Ankara, la semaine passée, le PKK a changé de méthode. Lui, dont la rébellion se figeait dans les montagnes arides du Kurdistan, transpose désormais la lutte en milieu urbain, en mode guérilla. "C'est la grande nouveauté, confirme le journaliste Mahmut Bozarslan, basé à Diyarbakir. "Et en face, c'est différent aussi. L'oppression est de type chirurgical. C'est-à-dire que la ville dans son ensemble n'est pas forcément touchée par la répression. Dans ce quartier de la mosquée Fathi Pasa, par exemple, la population n'a pas pu sortir pendant plusieurs jours. Mais à l'autre bout de Diyarbakir, tout semblait normal. Le choix de la mosquée pour se battre est risqué, poursuit le journaliste. Pour l'heure, le PKK a encore le soutien de la population mais il ne faudrait pas trop tirer sur la corde. Les gens sont en colère mais veulent encore croire au processus démocratique. Jusqu'aux prochaines élections, mais après ce sera une autre paire de manches." Pas faux, à en croire les quelques voix discordantes de certains habitants qui osent dire que les deux camps exagèrent. "Nous, on veut la paix, affirme un chauffeur de taxi. Avant, ici, il y avait plein de touristes qui tournaient en rond afin de trouver un hôtel. Aujourd'hui, tout est vide et le cinq-étoiles a même dû fermer ses portes."

"Tu ne te marieras pas, toi qui es mort jeune"

Entre le 20 juin et le 10 octobre, le conflit entre les forces kurdes et celles du régime Erdogan a fait 694 victimes dont 210 civils parmi lesquels une vingtaine d'enfants. Là encore, Diyarbakir a payé un lourd tribut avec 21 morts, dont deux n'avaient que 10 ans. Au centre communal de Bayi Girisi, à la périphérie, les prières et chants mortuaires se succèdent. D'un côté les hommes, de l'autre les femmes qui hurlent leur douleur : "Tu ne te marieras pas, toi qui es mort jeune", récite, mi-chantant mi-hurlant, une jeune femme. Ici aussi, on parle de tournant. Celui de Kobané, bien sûr. "Nous sommes très conservateurs, très religieux , explique Revsan Uruc, maman de Servan, 21 ans, qui est mort à Kobané. Erdogan avait réussi à capter nos voix mais avec Kobané, on a compris qu'il n'a fait qu'instrumentaliser la religion. Il nous détruit."

Peut-on alors parler du début de la chute d'Erdogan? Pour Umar Karatepe, un représentant de la Confédération des syndicats des travailleurs révolutionnaires (Disk), Erdogan vacille. "À l'époque de Gezi, il y a eu un grand rapprochement de la société civile avec les Kurdes. Erdogan a essayé de noyer cette rencontre dans le sang. Il a déformé les faits en affirmant que "le peuple avait choisi le chaos". C'est sans doute le début de la fin pour lui, mais en attendant, pour nous, les Turcs, c'est un enfer."

Confiscation des bouteilles d'eau

En face, dans le camp Erdogan, on ne crie pas trop victoire. Prenez Bursa, à deux heures de bateau d'Istanbul, quatrième plus grande ville du pays avec 2,7 millions d'habitants, l'heure est au rassemblement derrière son héros. Mais dans la plus grande prudence. Le "meeting de fraternité contre le terrorisme", est loin d'afficher complet. Trois couloirs mènent au podium qui va être investi par l'élu local et le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu. Deux grands passages pour les hommes, un plus étroit pour les femmes qui n'est pas sans rappeler un couloir à bestiaux.

Ici, on est en terres conservatrices et religieuses. Les bus qui ont conduit les militants sur le site sont garés loin car la sécurité est maximale. Deux fouilles au corps, confiscation des bouteilles d'eau comme dans les aéroports, on fait passer le message que les attentats sont une réalité. Depuis quelques jours, le gouvernement fait circuler dans tout le pays une liste de vingt noms d'individus susceptibles de conduire des actions kamikazes. Ce qui expliquerait, selon certains, le peu d'affluence à ce meeting. En partie seulement. Parce qu'il y a comme un sentiment de doute. Et si Erdogan perdait du terrain?

Les ingrédients de la réunion publique sont immuables, comme une formule gagnante : islam et nationalisme. L'élu local chauffe le public à grands coups de phrases chocs qui caressent la fibre islamique de l'auditoire. D'ailleurs un imam venu assister au rassemblement évoque tour à tour la dégénérescence de la société occidentale, sa néfaste influence sur le monde musulman et Daech, une pure création de l'Occident. L'objectif : le retour de l'Empire ottoman au temps de sa splendeur. Le Premier ministre turc, tête d'affiche du meeting, entre en scène. Avec pour mission de flatter le nationalisme de tout un chacun. Mais le cœur n'y est plus. Les femmes s'en vont les premières, les hommes suivent. La "Erdogan mania" serait-elle à bout de souffle? Réponse dans les urnes, le 1er novembre.

Karen Lajon, envoyée spéciale à Diyarbakir, Bursa (Turquie) - Le Journal du Dimanche

dimanche 18 octobre 2015





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Source/Lien : leJDD.fr



   
 
   
 
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