Aujourd'hui : Samedi, 24 juin 2017
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Site officiel du Centenaire du génocide arménien de 1915
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Article du journal franco-turc Zaman - 16/10/2015 - 1
Publié le : 19-10-2015

Le Collectif VAN relaye ici les articles du journal franco-turc Zaman (équivalent du Today's Zaman en langue anglaise, diffusé en Turquie). Attention : ces articles ne sont pas commentés de notre part. Il s'agit pour l'essentiel de traductions des versions turque et anglaise du Zaman, journal anciennement proche du parti au pouvoir (AKP) mais dont le propriétaire, le prédicateur musulman Fetullah Gülen, est désormais en guerre ouverte avec Erdogan.


Légende photo: Le salon de thé İslam, où les membres du groupe Dokumacilar se rassemblaient.


Zaman France

Sami Kiliç
Paris
Adiyaman : la ville des djihadistes turcs

L'attentat d'Ankara a remis sous les feux de l'actualité le groupuscule dit des Dokumaci qui s'est enraciné dans la ville d'Adiyaman. C'est l'histoire de quelques jeunes djihadistes qui ont terni l'image de la province, bouleversé l'histoire nationale et révélé les ratés du renseignement turc.

Vendredi, Octobre 16, 2015 - 13:02

Diyarbakir, Suruç, Ankara et... Adiyaman. Trois villes martyres, une nation endeuillée et une province stigmatisée. Les lendemains de tragédie nationale ont cela de particulier qu'ils ajoutent très souvent l'exaspération à la désolation. Et si seulement les services de renseignements turcs avaient daigné faire une simple enquête journalistique à Adiyaman, bien des vies auraient pu être épargnées.

Adiyaman, cette petite province du sud coincée entre Kahramanmaraş, Gaziantep, Şanliurfa et Diyarbakir. Celles-là ont de l'allure, des noms prestigieux (Maraş la Victorieuse, Antep la Vétérante, Urfa la Glorieuse) alors que celle-ci traîne une mauvaise image, une réputation qui s'acharne jusqu'au bout pour rejaillir sur sa dénomination. Adiyaman signifie littéralement "dont le nom fait peur"...

Bastion d'une confrérie respectée : Menzil

Or, jusqu'à récemment, elle n'instillait pas la peur, Adiyaman. Elle ne faisait au plus que déranger les "laïcs", ces "lumières" qui voient partout des barbus à sauver. Pieuse, elle abrite en effet une confrérie naqshi particulièrement puissante : Menzil. Le cheikh Abdülbaki Erol, qui a hérité le titre de son frère décédé en 1993, est le sage dont tout le monde s'enorgueillit de compter parmi les symboles de la région.

Muhsin Yazicioglu, l'une des plus grandes figures respectées de la synthèse islamo-nationaliste disparue dans un étrange accident d'hélicoptère en 2008, était son plus fameux disciple. La province présente en réalité une sociologie bien particulière : largement kurde (70% des 280 000 habitants) et sunnite, elle compte une forte minorité alévie (environ 30% de la population).

La ville du vivre-ensemble a été néanmoins contaminée par l'émergence du soi-disant Etat islamique sur la scène régionale puis internationale jusqu'à passer pour "le nid turc de Daech" selon la formule du journaliste Guillaume Perrier, qui y a consacré un dossier dans le magazine Society. "Entre honte et peur, les riverains n'aiment pas trop que l'on compare Adiyaman à un repaire de djihadistes et invoquent des 'cas isolés', 'deux, trois jeunes perdus'. Pourtant, Adiyaman, cité à majorité sunnite et dirigée par l'AKP, le pari islamiste au pouvoir, traîne une réputation sinistre", affirme-t-il.

Point de recrutement d'une organisation honnie : Daesh

La Turquie a été ébranlée par trois attentats terroristes en moins de 4 mois. Au total, 135 personnes y ont perdu la vie. Et un nom a été régulièrement cité : Adiyaman. La ville d'origine des kamikazes. Juin 2015 : une bombe explose à Diyarbakir en plein meeting du HDP (Parti démocratique des peuples, gauche pro-kurde), vitrine politique du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation terroriste pour Ankara, Bruxelles et Washington).

Quatre morts et un suspect : Orhan Gönder, aujourd'hui en détention. Juillet 2015 : un attentat-suicide se produit à Suruç dans la province de Şanliurfa. 32 morts et un kamikaze : Seyh Abdurrahman Alagöz. Et dernièrement double attentat à Ankara. 97 victimes et deux bourreaux : Yunus Emre Alagöz, le frère d'Abdurrahman, et Ömer Fuat Dündar.

Ces quatre compères sont issus du groupuscule dit Dokumaci, du nom de son meneur, Mustafa Dokumaci. Une sinistre "équipe" qui avait l'habitude de se concerter dans le salon de thé İslam, exploité par les Alagöz.

Les signes avant-coureurs de la tragédie

Quatre djihadistes qui sont donc passés à l'action. Sur environ 300 qu'en compte la ville. "700", renchérit Osman Suzen, avocat et responsable de l'association de défense des droits de l'Homme, qui a été interrogé par Perrier. Dès la déflagration de Diyarbakir, les journalistes se sont intéressés à la ville, ont mené des enquêtes approfondies alors que la police et le MIT (Agence du renseignement turc) se contentaient de rassurer les parents qui venaient dénoncer en personne leurs propres enfants ! Interrogé par des députés du CHP (Parti républicain du peuple, gauche kémaliste) qui avait décidé d'y dépêcher une commission d'enquête, le directeur-adjoint de la sécurité a même évoqué la "liberté de circulation" des personnes soupçonnées d'être embrigadées par Daesh.

Le quotidien Cumhuriyet note que les dernières opérations lancées contre les cellules dormantes du groupe djihadiste datent du 12 août, quelques jours après le drame de Suruç. Or dès le 23 juillet, Ezgi Basaran du journal Radikal publie la liste des jeunes radicalisés. "Nous les connaissons jusqu'à en dresser une liste. L'Etat ignore-t-il ce que nous savons ?", s'était-elle interrogée.

Idris Emen, du même journal, avait tiré la sonnette d'alarme le 29 septembre... 2013. "Les groupes partisans d'al-Qaïda, d'al-Nosra, d'Ahrar al-Sham et d'Assad qui se sont installés au centre ville d'Adiyaman emmènent les jeunes en Syrie par groupe de 15 en contrepartie du djihad ou de l'argent", avait-il écrit.

Des familles dévastées

Hatice Gönder, la mère d'Orhan, a confié à Guillaume Perrier qu'ils avaient saisi la police à plusieurs reprises après avoir constaté la radicalisation de leur fils. "La police l'a convoqué une seule fois et l'a relâché", dit-elle. En octobre 2014, il partira en Syrie pour refaire parler de lui en juillet dernier.

De son côté, le père d'Ömer Fuat Dündar confie que ses enfants se rendaient chez un certain Kasap Haci, le leader du groupe intitulé "redd-i cuma" (littéralement, "ceux qui renient le vendredi", car ils refusaient de se rendre à la prière du vendredi, la Turquie étant considérée comme une contrée infidèle). Il était même aller jusqu'à Halep pour retrouver son enfant. «Il se prépare au djihad, si tu veux l'en dissuader, on te tuera», se voit-il répondre. Il le reverra en 2014. "J'ai porté plainte. La police l'a interrogé une fois et l'a relâché", indique-t-il.

Cest le même scénario : huit mois plus tard, il retourne en Syrie. Il se fera exploser à Ankara. Et la Turquie entière entendra, médusée, le Premier ministre Ahmet Davutoglu déclarer : "Nous disposons d'une liste de personnes qui sont susceptibles de faire des attentats-suicides. Mais dans un Etat de droit, vous ne pouvez pas les arrêter avant qu'elles ne passent à l'acte".

Veli Agbaba, vice-président du CHP et président de la commission envoyée sur les lieux, ne décolère pas. "Tout le monde connaît Yunus Emre Alagöz à Adiyaman. Il y a un grand manquement. C'est la défaillance du siècle. Si l'Etat est incapable de voir ce que nous avons vu, c'est qu'il y a autre chose. L'Etat est également coupable, ici".

Selahattin Demirtas, co-président du HDP qui reste persuadé que l'Etat mène une persécution secrète contre les Kurdes, constate, amer : "Aujourd'hui, vous êtes assuré d'être plus protégé face à la justice quand vous êtes un kamikaze. Vous avez la garantie de ne pas être arrêté (...). Car l'Etat ne peut pas vous toucher jusqu'à ce que vous vous faites exploser".

Drame dans le drame, les familles se sentent également touchées d'une sorte d'infamie par ricochet. La famille Alagöz aurait quitté la ville sans même avoir réclamé les corps de leurs deux enfants. Des monstres pour le reste de la nation.




Retour à la rubrique


Source/Lien : Zaman France



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org